{"id":460,"date":"2016-05-13T11:45:20","date_gmt":"2016-05-13T15:45:20","guid":{"rendered":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/?p=460"},"modified":"2016-09-10T18:26:34","modified_gmt":"2016-09-10T22:26:34","slug":"suid103","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/?p=460","title":{"rendered":"Jacques Casanova, <i>Historie de ma vie<\/i>"},"content":{"rendered":"<div id=\"aei-root\" lang=\"en-GB\"><!-- suid=103 --><\/p>\n<dl id=\"aei-dl-meta\">\n<dt>Performer Name:<\/dt>\n<dd> Corilla; Fortuna; Metastasio<\/dd>\n<dt>Performance Venue:<\/dt>\n<dd>&nbsp;<\/dd>\n<dt>Performance Date:<\/dt>\n<dd class=\"aei-half-line-below\">&nbsp;<\/dd>\n<dt>Author:<\/dt>\n<dd> Casanova, Jacques<\/dd>\n<dt>Date Written:<\/dt>\n<dd>&nbsp;<\/dd>\n<dt>Language:<\/dt>\n<dd class=\"aei-half-line-below\"> French<\/dd>\n<dt>Publication Title:<\/dt>\n<dd> Histoire de ma vie<\/dd>\n<dt>Article Title:<\/dt>\n<dd>&nbsp;<\/dd>\n<dt>Page Numbers:<\/dt>\n<dd> 11:204-207; 11:211-212<\/dd>\n<dt>Additional Info:<\/dt>\n<dd class=\"aei-half-line-below\">Qtd from vol. 11, ch. VII (Edn referenced has 12 vols bound in 6 books) <\/dd>\n<dt>Publisher:<\/dt>\n<dd>F. A. Brockhaus Wiesbaden Librairie Plon Paris<\/dd>\n<dt>Place of Publication:<\/dt>\n<dd>Paris<\/dd>\n<dt>Date Published:<\/dt>\n<dd>1962<\/dd>\n<\/dl>\n<p class=\"aei-one-line-down\"><strong>Text:<\/strong><\/p>\n<blockquote id=\"aei-blockquote\"  lang=\"fr\">\n<p>[204] Ce moine me fit jouir \u00e0 Pise des charmes de la soci\u00e9t\u00e9 qui faisait ses d\u00e9lices. Il avait choisi deux ou trois filles de condition qui unissaient \u00e0 la beaut\u00e9 le g\u00e9nie, pour leur apprendre \u00e0 chanter des impromptus en les accompagnant sur la guitare. Il leur avait communiqu\u00e9 le talent de Corilla qui \u00e9tait alors c\u00e9l\u00e8bre, et qu&apos;on a couronn\u00e9e <i>Poetessa<\/i> (31), six ans apr\u00e8s \u00e0 Rome dans le Capitole (32) pendant la nuit, l\u00e0-m\u00eame o\u00f9 on avait couronn\u00e9 nos plus grands po\u00e8tes italiens, ce qui causa le plus grand scandale, car dans le fond le m\u00e9rite de Corilla, quoique unique en son esp\u00e8ce, ne consistait que dans un superbe clinquant. On fit \u00e0 Corilla couronn\u00e9e des satires sanglantes, et ceux qui les lui firent eurent encore plus tort que ceux qui profan\u00e8rent le Capitole en la couronnant, car tous les traits envenim\u00e9s par lesquels la noire envie fit tous ses efforts pour d\u00e9chirer cette femme c\u00e9l\u00e8bre ne savaient dire autre chose sinon que la vertu de [205] la chastet\u00e9 n&apos;\u00e9tait pas sa favorite, ce qui d\u00e9montrait l&apos;ignorance des po\u00e8tes qui s&apos;acharn\u00e8rent contre elle. Toutes les femmes po\u00e8tes qui exist\u00e8rent depuis Hom\u00e8re, depuis les sibylles jusqu&apos;\u00e0 nous, furent toutes d\u00e9vou\u00e9es \u00e0 V\u00e9nus. Sans cela leur nom ne serait pas pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9, car elles ne pouvaient devenir c\u00e9l\u00e8bres que rendues immortelles par les plumes de ceux qui jouirent d&apos;elles. Personne ne conna\u00eetrait Corilla, si elle n&apos;avait pas su se faire des amants, et \u00e0 Rome on ne l&apos;aurait jamais couronn\u00e9e, si elle n&apos;avait pas rendu fanatique ce prince Gonzaga Solferino qui \u00e9pousa apr\u00e8s la jolie Rangoni, fille du consul de Rome que j&apos;ai connu \u00e0 Marseille.<\/p>\n<p>On a plac\u00e9 sur la porte du temple o\u00f9 on a couronn\u00e9 cette femme, le jour avant la nuit o\u00f9 la c\u00e9r\u00e9monie auguste fut faite, ces vers:<\/p>\n<p class=\"aei-setoff1\"><i>Arce in Tarpeja, Cajo regnante, sedentem<br \/>\nNunquam vidit equum, Roma videbit equam.<br \/>\nCorillam patres obscura nocte coronant.<br \/>\nQuid mirum? Tenebris nox tegit omne nefas*.<\/i><\/p>\n<p>On devait la couronner \u00e0 la lumi\u00e8re du jour, ou jamais; on choisit la nuit, et on a mal fait. Le lendemain du couronnement ces vers \u00e9taient affich\u00e9s par toute la ville:<\/p>\n<p><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"aei-setoff1\"><i>Corillam patres turba plaudente coronant<br \/>\nAltricem memores germinis esse lupam.<br \/>\nProh scelus! impuri redierunt saecla Neronis<br \/>\nIndulget scortis laurea serta Pius**.<\/i><\/p>\n<p>[206] Ce fait est une tache ineffa\u00e7able au pontificat de ce pape, qui r\u00e8gne encore aujourd&apos;hui, car il est certain que pour l&apos;avenir aucun po\u00e8te n&apos;aspirera \u00e0 un honneur que Rome jusqu&apos;\u00e0 ce jour-l\u00e0, bien loin de le prodiguer, n&apos;avait fait que tr\u00e8s rarement \u00e0 des g\u00e9nies qui paraissaient au-dessus de la nature humaine; aussi on afficha au Vatican ce distique:<\/p>\n<p class=\"aei-setoff1\"><i>Sacra fronde vilis frontem meretricula cingit;<br \/>\nQuis vatum tua nunc praemia Phoebe velit***?<\/i><\/p>\n<p>Un jeune abb\u00e9 mit entre les mains de Corilla ces quatre vers sur un grand papier dans le moment que toute tremblante elle entrait dans le th\u00e9\u00e2tre d&apos;Apollon (33) o\u00f9 elle \u00e9tait attendue par un bon nombre de cardinaux, par le S\u00e9nateur, et par les conservateurs de Rome. Elle accepta le papier croyant que c&apos;\u00e9tait un \u00e9loge, et comme le t\u00e9trastique (34) \u00e9tait latin celui qui le lui lut \u00e0 haute voix fut le prince Gonzaga, qui ne s&apos;attendait pas \u00e0 l&apos;avant-dernier mot.<\/p>\n<p class=\"aei-setoff1\"><i>Quis pallor tenet ora? Tuos tremor occupat artus?<br \/>\nAd Tarpeja times tecta movere pedes?<br \/>\nFemina pone metum: sint pronae Heliconis alumnae<br \/>\nSi nec Apollo tibi praesto, Priapus erit****. <\/i><\/p>\n<p>On chercha des yeux l&apos;impertinent abb\u00e9; mais il \u00e9tait disparu. Le surlendemain du couronnement, Corilla et ses amants partirent tous de Rome, honteux d&apos;\u00eatre r\u00e9ussis \u00e0 rendre solennel un tel exc\u00e8s. L&apos;abb\u00e9 Pizzi, gardien des sacr\u00e9s bois des Arcades (35), qui avait \u00e9t\u00e9 le principal promoteur [207] de l&apos;apoth\u00e9ose de la <i>poetessa<\/i>, inond\u00e9 de pamphlets et de pi\u00e8ces mordantes de toutes parts, n&apos;osa pour quelques mois plus sortir de chez lui. Mais apr\u00e8s cette longue digression, retournons au p\u00e8re Stratico, qui me fit passer \u00e0 Pise huit jours heureux.<\/p>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p>[211] J&apos;avais lu d&apos;elle des stances qu&apos;elle avait fait imprimer \u00e0 la gloire de M\u00e9tastase. Je lui dis cela, elle se l\u00e8ve et va chercher la r\u00e9ponse que ce po\u00e8te immortel lui avait faite manuscrite. Saisi d&apos;admiration, je ne parle plus qu&apos;avec elle, et toute sa laideur dispara\u00eet. Si le matin j&apos;avais eu un entretien d\u00e9licieux avec la marquise, celui de Maria Fortuna m&apos;a rendu fanatique. En allant avec Ciaccheri \u00e0 mon auberge, je l&apos;ai mille fois remerci\u00e9 du plaisir qu&apos;il m&apos;avait procur\u00e9. C&apos;\u00e9tait une fille \u00e0 laquelle par hasard il avait d\u00e9couvert un g\u00e9nie po\u00e9tique, et en trois ann\u00e9es il l&apos;avait \u00e9lev\u00e9e ainsi. Je lui ai demand\u00e9 si elle improvisait \u00e0 la fa\u00e7on de Corilla, et il me r\u00e9pondit qu&apos;elle le voudrait, mais qu&apos;il ne voulait pas le lui permettre, parce qu&apos;il disait que ce serait un dommage que celui de g\u00e2ter ainsi cette fille.<\/p>\n<p>Ciaccheri soupant avec moi n&apos;eut pas de peine \u00e0 me persuader qu&apos;il g\u00e2terait son \u00e9coli\u00e8re en lui permettant de faire des impromptus, car j&apos;\u00e9tais de son avis. L&apos;esprit du po\u00e8te, appel\u00e9 \u00e0 parler sur une mati\u00e8re quelconque en vers sans avoir pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 son raisonnement, ne peut dire des bonnes [212] choses que par hasard, car malgr\u00e9 que son entendement soit attach\u00e9 \u00e0 la mati\u00e8re qu&apos;on lui donne \u00e0 discuter, il se trouve le plus souvent d\u00e9tourn\u00e9 par la rime, dont il se trouve esclave malgr\u00e9 la grande connaissance qu&apos;il a de la langue dans laquelle il parle. Il se voit forc\u00e9 \u00e0 se servir de la premi\u00e8re rime que le hasard lui pr\u00e9sente, et n&apos;ayant pas le temps d&apos;en chercher une plus propre \u00e0 rendre son raisonnement, il ne peut pas dire ce qu&apos;il aurait voulu dire, et il dit ce qu&apos;il n&apos;aurait pas voulu dire, et qu&apos;il n&apos;aurait pas dit s&apos;il l&apos;e\u00fbt produit la plume \u00e0 la main. L&apos;impromptu chez les Grecs n&apos;a eu quelque r\u00e9putation que parce que le po\u00e9sie grecque, comme la latine, abhorrait la rime. Elle \u00e9tait plut\u00f4t soufferte en prose. Mais il n&apos;arrivait pas pour cela que nos grands po\u00e8tes latins voulussent volontiers parler en vers: ils ne pouvaient en donner que d&apos;\u00e9nerv\u00e9s, dont apr\u00e8s ils se trouvaient honteux. Horace passait souvent une nuit sans dormir pour chercher de bien dire dans un vers vigoureux la chose qu&apos;il voulait dire, et quand il l&apos;avait trouv\u00e9, il l&apos;\u00e9crivait sur le mur, et il s&apos;endormait tranquille et content. Les vers qui ne lui co\u00fbtaient rien \u00e9taient les prosa\u00efques dont il se sert magistralement dans plusieurs de ses \u00c9p\u00eetres. Nous pouvons apprendre par l\u00e0 que les Latins comme les Grecs entendaient dans tous leurs mots la quantit\u00e9 de la syllabe premi\u00e8re m\u00eame dans les dissyllabes ; v\u00e9rit\u00e9 que nous ne pouvons pas concevoir puisque nous savons bien que <i>sine<\/i>***** est un mot de deux syllabes br\u00e8ves; mais nous n&apos;en savons pas la raison quand nous songeons que nous ne saurions pas le prononcer autrement quand les deux syllabes de ce mot seraient longues.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>*Sous la r\u00e8gne de Ca\u00efus on ne vit jamais un cheval sur le mont Tarp\u00e9ien [le Capitole],<\/p>\n<p class=\"aei-setoff1\">Rome y verra une jument.<br \/>\nLes s\u00e9nateurs couronnent Corilla dans la nuit sombre.<br \/>\nQuoi d&apos;\u00e9tonnant? La nuit couvre de ses ombres toute infamie.<\/p>\n<p>**Les s\u00e9nateurs couronnent Corilla aux applaudissements de la foule,<\/p>\n<p class=\"aei-setoff1\">Ils se souviennent que la louve est la nourrice de ses rejetons.<br \/>\nHorreur! Crime! Les temps de N\u00e9ron l&apos;impur sont revenus.<br \/>\nLe Pieux [<i>Pius<\/i> = Pie VI] conc\u00e8de le laurier \u00e0 une prostitu\u00e9e.<\/p>\n<p>***Du feuillage sacr\u00e9 la vile courtisane a ceint son front;<\/p>\n<p class=\"aei-setoff1\">Qui, parmi les po\u00e8tes, \u00f4 Ph\u00e9bus, voudrait d\u00e9sormais de tes prix?<\/p>\n<p>****Quelle p\u00e2leur monte \u00e0 ton visage? Quel tremblement saisit tes membres?<\/p>\n<p class=\"aei-setoff1\">Crains-tu de mouvoir tes pieds vers le Capitole?<br \/>\nAbandonne la crainte, \u00f4 femme! Que les \u00e9coli\u00e8res de l&apos;H\u00e9licon [les Muses] te soient favorables!<br \/>\nSi Apollon n&apos;est pas \u00e0 tes c\u00f4t\u00e9s, ce sera Priape.<\/p>\n<p>*****Sans<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"aei-one-line-down\"><strong>Notes:<\/strong><\/p>\n<div id=\"aei-blocktext\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<dl id=\"aei-dl-meta-unimportant\">\n<dt>Collected by:<\/dt>\n<dd> DP<\/dd>\n<\/dl>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Casanova recounts the mocking that the improvisatrice Corilla undeservedly suffered before and during her coronation at the Capitol. Casanova also describes having read several poems by Maria Fortuna, and then asking Ciaccheri whether the former improvised in the manner of Corilla. What follows is a record of Ciaccheri\u2019s account of why he forbade Fortuna to improvise.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[27,134],"tags":[67,102,70],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/460"}],"collection":[{"href":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=460"}],"version-history":[{"count":19,"href":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/460\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3001,"href":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/460\/revisions\/3001"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=460"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=460"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=460"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}