{"id":789,"date":"2016-05-14T00:07:10","date_gmt":"2016-05-14T04:07:10","guid":{"rendered":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/?p=789"},"modified":"2017-04-02T08:18:03","modified_gmt":"2017-04-02T12:18:03","slug":"suid262","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/?p=789","title":{"rendered":"Louis Simond, <i> Voyage en Italie et en Sicile <\/i>"},"content":{"rendered":"<div id=\"aei-root\" lang=\"en-GB\"><!-- suid=262 --><\/p>\n<dl id=\"aei-dl-meta\">\n<dt>Performer Name:<\/dt>\n<dd> Sgricci<\/dd>\n<dt>Performance Venue:<\/dt>\n<dd> Rome<\/dd>\n<dt>Performance Date:<\/dt>\n<dd class=\"aei-half-line-below\">1815<\/dd>\n<dt>Author:<\/dt>\n<dd> Simond, Louis<\/dd>\n<dt>Date Written:<\/dt>\n<dd>&nbsp;<\/dd>\n<dt>Language:<\/dt>\n<dd class=\"aei-half-line-below\"> French<\/dd>\n<dt>Publication Title:<\/dt>\n<dd> Voyage en Italie et en Sicile<\/dd>\n<dt>Article Title:<\/dt>\n<dd>&nbsp;<\/dd>\n<dt>Page Numbers:<\/dt>\n<dd> 2:326-9,3:329-38<\/dd>\n<dt>Additional Info:<\/dt>\n<dd class=\"aei-half-line-below\">&nbsp;<\/dd>\n<dt>Publisher:<\/dt>\n<dd>&nbsp;<\/dd>\n<dt>Place of Publication:<\/dt>\n<dd> Paris<\/dd>\n<dt>Date Published:<\/dt>\n<dd> 1828<\/dd>\n<\/dl>\n<p class=\"aei-one-line-down\"><strong>Text:<\/strong><\/p>\n<blockquote id=\"aei-blockquote\"  lang=\"fr\">\n<p> [2:326] Pendant le peu de jours que nous avons pass&eacute;s &agrave; Rome, nous avons en de nouveau le plaisir d&#8217;entendre M. Sgricci qui nous a paru tout aussi &eacute;tonnant que jamais. Quelqu&#8217;un, qui nous &eacute;tait bien connu, et qui assur&eacute;ment n&#8217;&eacute;tait pas le comp&egrave;re de l&#8217;improvisateur, avait propos&eacute;, pour sujet, la <i>Mort de Socrate<\/i>; ce sujet, ingrat en lui- [327] m&ecirc;me, et tel que le po&egrave;te ne l&#8217;aurait point choisi, fut d&eacute;sign&eacute; par le sort, parmi plusieurs autres propos&eacute;s par d&#8217;autres personnes. Apr&egrave;s l&#8217;avoir m&eacute;dit&eacute; quelques instants, M. Sgricci nous improvisa une trag&eacute;die dans laquelle il introduisit et exposa avec habilet&eacute; les opinions les plus remarquables de Socrate; et, si cette circonstance ne rendait pas la trag&eacute;die meilleure, ce n&#8217;&eacute;tait pas du moins sa faute; les heures qui pr&eacute;c&eacute;d&egrave;rent la mort du philosophe s&#8217;&eacute;tant, au fait, pass&eacute;es toutes en discours. Dans tous les cas, cette improvisation faisait honneur aux connaissances classiques du po&egrave;te. Il y avait introduit, bien ou mal &agrave; propos, une petite amourette entre Aspasie et Alcibiade. Il parla, pendant deux heures, avec son \u00e9nergie accoutum\u00e9e, et \u00e0 la grande admiration de ses auditeurs; cependant, s&apos;il y avait des yeux baign\u00e9s de larmes, d&apos;autres, il faut l&apos;avouer, \u00e9taient ferm\u00e9s par le sommeil. Dans le fait, les trag&eacute;dies de M. Sgricci sont trop longues, et sa d&eacute;clamation, bien qu&#8217;excellente, me para&icirc;t trop uniform&eacute;ment passionn&eacute;e. Les &eacute;motions de son auditoire ne peuvent toujours se maintenir &agrave; la hauteur des siennes; et, apr&egrave;s de vains efforts, on se laisse aller &agrave; un &eacute;tat de repos et de distraction. Une jeune personne vive et sensible, dont les impressions n&#8217;&eacute;taient pas de nature &agrave; rester ainsi en arri&egrave;re, et qui avait constamment suivi le po&egrave;te &agrave; travers toutes les phases de sa tra- [328] gique histoire, entendant ronfler doucement son voisin de droite, d&eacute;tourna la t&ecirc;te, avec un sentiment de m&eacute;pris, du c&ocirc;t&eacute; oppos&eacute;; mais voil&agrave; que le voisin de gauche dormait aussi; dans son &eacute;tonnement, elle se tourne vers son p&egrave;re, plac&eacute; derri&egrave;re elle; il dormait! A cette vue, la honte et l&#8217;indignation firent place, chez elle, au sentiment du ridicule de cette sc&egrave;ne; et, pendant le reste de la soir&eacute;e, elle ne put parvenir &agrave; surmonter enti&egrave;rement une envie de rire non moins contagieuse, et plus offensante encore que la disposition soporifique. Tout cela n&eacute;anmoins ne diminue en rien l&#8217;admiration que l&#8217;on se sent pour le talent miraculeux de cet homme qui improvise un po&egrave;me dramatique en vers, une longue trag&eacute;die sur un sujet donn&eacute;, apr&egrave;s dix minutes de r&eacute;flexion. Lorsqu&#8217;on engage M. Sgricci &agrave; &eacute;crire, il s&#8217;y refuse; il est le premier dans son genre, dit-il, et ne sait pas quel rang il occuperait comme auteur; j&#8217;ai vu un sonnet de lui, sur le mar&eacute;chal Ney, qui m&#8217;a paru tout d&eacute;clamatoire. Il parait &eacute;trange qu&#8217;on ne puisse pas faire &agrave; loisir aussi bien que lorsqu&#8217;on est press&eacute;; mais c&#8217;est que, dans les deux cas, on ne fait r&eacute;ellement pas la m&ecirc;me chose. Un bon discours ne doit pas ressembler &agrave; un bon livre, ni un bon livre &agrave; un bon discours. Fox et quelques autres grands orateurs &eacute;chouaient, la plume &agrave; la main, et de la mani&egrave;re dont on s&#8217;y serait le moins attendu; ils man- [329] quaient de force et de chaleur: de m&ecirc;me pusieurs &eacute;crivains c&eacute;l&egrave;bres se sont montr&eacute;s incapables de parler; bien plus, on distingue, &agrave; leur style, les ouvrages qui ont &eacute;t&eacute; dict&eacute;s: ceux d&#8217;Adam Smith en offrent un exemple remarquable.<\/p>\n<p> Le grand talent de M. Sgricci, et peut-&ecirc;tre l\u2019irritabilit&eacute; de son amour-propre, lui ont suscit&eacute; ici une foule d\u2019ennemis, et l\u2019on croit qu\u2019il sera forc&eacute; d\u2019en partir. Naples, m&#8217;a-t-on dit, ferme ses portes aux improvisateurs<br \/>\nlib&eactue;raux, et, en effet, ceux qui sont en possession de d&eacute;biter aux <i>lazzaroni<\/i> leurs longues tirades sur Renaud et Armide, sont tous ultras. <\/p>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p>[3:329] Rien de plus commun en Italie que le talent de l&#8217;improvisation. Des Italiens de tous rangs et des deux sexes, amateurs ou autres, poss\u00e8dent la facult\u00e9 de parler en vers pendant des heures enti\u00e8res sur quelque sujet que ce soit, je devrais dire chanter, car leur d\u00e9bit est modul\u00e9, ce qui, dit-on, facilite la t\u00e2che. On assure m\u00eame que les bouts-rim\u00e9s, quand on leur en donne, loin d&#8217;ajouter \u00e0 la difficult\u00e9, la diminuent. Les all\u00e9gories perp\u00e9tuelles dont ils font usage sont toujours mythologiques. Madame D&#8230; ayant couru quelque dan- [330] ger &agrave; l\u2019occasion d\u2019une balle mal dirig&eacute;e, qui, au lieu d\u2019atteindre la cible, avait pass&eacute; pr&egrave;s de sa t&ecirc;te, fut, comme on peut bien croire, f&eacute;licit&eacute;e en vers improvis&eacute;s par ses amis; tous s\u2019accord&egrave;rent &agrave; mettre V&eacute;nus, Vulcain, et les foudres de Jupiter &agrave; contribution, reproduisant sans jamais rien d\u2019original.<\/p>\n<p> Lors m&ecirc;me que les improvisateurs sont le plus en verve, l\u2019effort est encore trop apparent pour ne pas lasser bient&ocirc;t ceux qui n\u2019y portent pas un int&eacute;r&ecirc;t de convention. Hier cependant, 27 f\u00e9vrier, nous avons entendu un improvisateur qui sort tout-\u00e0-fait de la ligne ordinaire, et dont le talent tient v\u00e9ritablement du prodige. Lorsque la compagnie a &eacute;t&eacute; fournis par plusieurs &eacute;trangers de notre connaissance qui n\u2019avaient aucun rapport avec l\u2019improvisateur, et ne pouvaient &ecirc;tre soup&ccedil;onn&eacute;s de s\u2019entendre avec lui. Trois de ces sujets ont ensuite &eacute;t&ecacute; tir&eacute;s au hazard de la bo&icirc;te o&ugrave; ils avaient tous &eacute;t&eacute;  jet&eacute;s. Ces pr&eacute;paratifs termin&eacute;s, M. <i>Tommaso Sgricci<\/i> s\u2019est pr&eacute;sent&eacute;, et j\u2019avoue que la premi&egrave;re vue ne m\u2019a pas pr&eacute;venue en sa faveur. C&#8217;est un joli petit homme de vingt-cinq \u00e0 vingt-six ans, que sa d\u00e9marche incertaine et sa mise recherch\u00e9e auraient pu faire passer pour une femme d\u00e9guis\u00e9e, sans les touffes noires qui ombrageaient les deux c&ocirc;t\u00e9s d&#8217;un visage male et tr\u00e8s [331] expressif. Il portait des escarpins de maroquin jaune, et un pantalon blanc comme la neige; des diamants brillaient sur tous ses doigts, et un collet de chemise, brod\u00e9 et rabattu sur les \u00e9paules, laissait voir son col \u00e0 d\u00e9couvert. Apr&egrave;s avoir lu attentivement les sujets qui lui &eacute;taient donn&eacute;s, 10 l\u2019Armure d\u2019Achille, 20 la cr&eacute;ation du monde, 30 Sophonisbe; et, apr&egrave;s s\u2019&ecirc;tre recueilli un moment, il a commenc&eacute; sans r&eacute;citatif, sans chant, sans l\u2019accompagnement d\u2019instrument dont la plupart des improvisateurs empruntent le secours. Aucune h&eacute;sitation, aucun effort ne se faisait apercevoir, et &agrave; peine r&eacute;p&eacute;tait-t-il quelquefois le m&ecirc;me vers. Les deux premiers sujets l\u2019occup&egrave;rent une heure et demie. Le plaisir que donnait cette facilit&eacute; admirable &eacute;tait cependant m&ecirc;l&eacute; d\u2019une certaine inqui&eacute;tude; on s\u2019attendait &agrave; voir tarir la source de cette harmonie; on tremblait enfin de le voir tomber d\u2019une si grande hauteur. Cependant cette chute n\u2019arrivait point; toujours la m&ecirc;me &eacute;locution facile, la m&ecirc;me verve, le m&ecirc;me jeu de physionomie; on aurait cru entendre un acteur exerc&eacute; sachant parfaitement bien son r\u00f4le. Il nous arrivait par moment de penser que ce que nous entendions &eacute;tait n&eacute;cessairement &eacute;tudi&eacute;, et qu\u2019on trompait notre cr&eacute;dulit&eacute;; cependant lorsque nous nous rappelions la mani&egrave;re dont les sujets avaient &eacute;t&eacute; donn&eacute;s, il fallait bien abandonner cette id&eacute;e. Les Italiens ne perdaient pas l\u2019improvisateur de [332] vue un seul instant, et leur attention n\u2019&eacute;tait interrompue que momentan&eacute;ment par des applaudissements vifs et courts, suivis du plus grand silence. <\/p>\n<p> Si nous avions admir&eacute; la facilit&eacute; avec laquelle M. <i>Sgricci<\/i> avait ainsi improvis&eacute; deux petits po&egrave;mes, quel fut notre &eacute;tonnement, lorsqu\u2019il nous donna une trag&eacute;die en trois actes, qui ne lui co&ugrave;ta pas plus d\u2019efforts; les personnages &eacute;taient Sophonisbe et son mari Syphax, suppos&eacute; mort, Massinissa et Scipion, Barca, suivante de Sophonisbe, un soldat romain. Revenus de notre premi&egrave;re surprise, nous p&ucirc;mes donner toute notre attention au sujet la trag&eacute;die. Le r&eacute;cit que je vais en faire a &eacute;t&eacute; communiqu&eacute; &agrave; plusieurs des auditeurs italiens, qui l\u2019ont trouv&eacute; juste. <\/p>\n<p> Barca se pr&eacute;sente sur la sc&egrave;ne, et exprime ses regrets sur les malheurs de sa ma&icirc;tresse; elle l\u2019a laiss&eacute;e, dit-elle, sur son lit, plus p&acirc;le que le linge sur lequel elle repose; ses femmes pr&eacute;parent les ornements don\u2019t elle doit &ecirc;tre par&eacute;e &agrave; la c&eacute;r&eacute;monie de son mariage, mais elle n\u2019a pas le courage de s\u2019en occupier elle-m&ecirc;me et reste envelopp&eacute;e de ses habits de deuil. Sophonisbe entre; elle avoue &agrave; Barca qu\u2019elle a autrefois aim&eacute; Massinissa, mais qu\u2019elle abhorre l\u2019id&eacute;e de s\u2019unir &agrave; l\u2019ennemi de son pays. Massinissa se pr&eacute;sente transport&eacute; de joie &agrave; l\u2019approche de son mariage avec Sophonisbe; elle cherche &agrave; lui persuader d\u2019abandonner les Ro- [333] mains. Il lui demande alors quelles sont les qualit&eacute;s qui ont m&eacute;rit&eacute; son estime? Ce ne sont pas les charmes de sa figure, ni la force de son bras, mais plut&ocirc;t la loyaut&eacute; de son caract&egrave;re et la fid&eacute;lit&eacute; de son c&oelig;ur; ce c&oelig;ur lui dictera-t-il de trahir les Romains et Scipion son ami et son bienfaiteur? Il la presse long-temps de ne pas diff&eacute;rer son bonheur, et ne lui cache point que c\u2019est le seul moyen d\u2019&eacute;viter d\u2019&ecirc;tre conduite captive &agrave; Rome et d\u2019orner la triomphe du vainqueur. Cette consid&eacute;ration semble lever ses derniers scrupules; elle se laisse conduire &agrave; l\u2019autel o&ugrave; elle est sur le point de recevoir les v&oelig;ux de son amant, lorsqu\u2019un soldat se pr&eacute;sente tout-&agrave;-coup, interrompt la c&eacute;r&eacute;monie, et leur commande de se s&eacute;parer au nom de Scipion et du people romain. Massinissa s\u2019&eacute;crie que Scipion est son ami et non son ma&icirc;tre, qu\u2019il lui sacrifierait sa vie, mais jamais son amour. Scipion lui-m&ecirc;me para&icirc;t, et Sophonisbe se retire. Le Romain se prononce fortement contre l\u2019union projet&eacute;e, qui rendra Massinissa l\u2019ennemi de son pays. Celui-ci d&eacute;peint, avec tout l\u2019enthousiasme de la passion la plus ardente, les vertus de son amante ainsi que ses charmes, parle de la foi qu\u2019il lui a jur&eacute;e, et d&eacute;clare qu\u2019il ne peut l\u2019abandonner. Scipion se rend enfin, mais d&eacute;clare que c\u2019est au risque d\u2019encourir l\u2019indignation du peuple romain. Barca seule occupe encore la sc&egrave;ne; un soldat d&eacute;guis&eacute; se pr&eacute;sente &agrave; [334] elle, demande &agrave; parler &agrave; Sophonisbe, et lui remet un anneau, qu\u2019elle conna&icirc;t &ecirc;tre celui de son mari. Il vient, dit-il, remplissant les derniers ordres que celui-ci lui donna en mourant, l\u2019arracher &agrave; l\u2019esclavage et lui offrir un asile; elle refuse de la suivre, dit que peut-&ecirc;tre il est l\u2019assassin de Syphax, auquel il a pris cet anneau. Le soldat l&egrave;ve alors la visi&egrave;re de son casque; il n\u2019est autre que Syphax lui-m&ecirc;me! Sophonisbe est sur le point de s\u2019&eacute;vanouir. Syphax lui dit qu\u2019il sait trop qu\u2019elle ne l\u2019a jamais aim&eacute;; qu\u2019elle s\u2019&eacute;tait donn&eacute;e &agrave; lui par ob&eacute;issance et non par choix; mais l\u2019abandonnera-t-elle dans son malheur? Apr&egrave;s quelques instants, elle lui d&eacute;clare qu\u2019elle est r&eacute;solue de le suivre. Il lui parle alors d\u2019un passage souterrain qui conduit du temple de Jupiter au bord de la mer, o&ugrave; une barque les attend: minuit sera l\u2019heure du rendez-vous. Massinissa, cependant, impatient d\u2019achever la c&eacute;r&eacute;monie, interrompue &agrave; l\u2019autel, rejoint Sophonisbe. Avant de s\u2019y laisser conduire, elle &eacute;crit quelques lignes &agrave; Syphax, pour lui jurer fid&eacute;lit&eacute; et lui renouveler la promesse qu\u2019elle lui a faite de se trouver au lieu indiqu&eacute;: Barca se charge de la lettre. <\/p>\n<p> Scipion et un soldat romain occupant maintenant la sc&egrave;ne; celui-ci rapporte &agrave; son g&eacute;n&eacute;ral qu\u2019examinant, par curiosit&eacute;, certaine grotte obscure, pr&egrave;s de la mer, une femme inconnue lui [335] avait remis un billet, accompagn&eacute; de quelques discours myst&eacute;rieux, et avait disparu. (L\u2019improvisateur s\u2019est ici servi de quelques expressions triviales, qui ont excit&eacute; un moment la gaiet&eacute; parmi les auditeurs; mais il n\u2019en a point &eacute;t&eacute; d&eacute;concert&eacute;.) Le g&eacute;n&eacute;ral loue la prudence du soldat, ouvre la lettre; et, quoique satisfait d\u2019apprendre ce qu\u2019elle lui d&eacute;couvre, il n\u2019en prend pas moins occasion de se r&eacute;pandre en injures assez peu originales contre les femmes en g&eacute;n&eacute;ral, et surtout contre Sophonisbe, dont son ami &eacute;tait sur le point d\u2019&ecirc;tre la dupe. <\/p>\n<p>Cependant Massinissa conduit son amante &agrave; l\u2019autel de Junon, o&ugrave; elle lui engage <i>toute la foi<\/i> dont elle peut disposer (&eacute;quivoque qui n\u2019est pas tout-&agrave;-fait excusable), lorsque Scipion entre et remet la lettre fatale &agrave; Massinissa. La c&eacute;r&eacute;monie est interrompue, et Sophonisbe se retire. Massinissa, furieux, jure de tuer son rival dans ses bras. Minuit arrive; Syphax est surpris dans le passage souterrain et attaqu&eacute; par Massinissa, qui le blesse mortellement: il se plaint en tombant d\u2019avoir &eacute;t&eacute; trahi par Sophonisbe. Celle-ci para&icirc;t, se pr&eacute;cipite sur son &eacute;poux mourant, qu\u2019elle reconna&icirc;t publiquement, puis se donne la mort. <\/p>\n<p> L\u2019improvisateur, sans prononcer jamais le nom des personnages, a su les d&eacute;signer clairement par de simples inflexions de voix et quelquefois en changeant de place. Il s\u2019est servi du vers blanc, [336] de sept syllabes, en usage en Italie pour les sujets h&eacute;ro&iuml;ques; mais les ch&oelig;urs, introduits assez fr&eacute;quemment, &eacute;taient en vers rim&eacute;s de quatre jusqu\u2019&agrave; douze syllabes. Il a parl&eacute; deux heures et demie, et il est mort deux fois: une fois sur le plancher pour les amateurs anglais probablement, et une autre fois dans son fauteuil, suivant les biens\u00e9ances fran\u00e7aises, mais toujours \u00e9galement bien, avec \u00e9nergie, avec grace, sans rien outrer, et fort naturellement. Sa belle voix de basse \u00e9tait tout-\u00e0-fait exempte de la prononciation gutterale de l&#8217;<i>r<\/i>, que g\u00e2te si souvent la douce harmonie de l&#8217;italien. Livr&eacute; &agrave; son inspiration, le jeune fat a fait place au po&egrave;te, et je r&eacute;pondrais bien qu\u2019il ne s\u2019est pas souvenu une fois de ses bagues et de ses breloques. <\/p>\n<p> Son grand d&eacute;faut a &eacute;t&eacute; l\u2019abondance; avec un peu plus de loisir il aurait pu r&eacute;duire son ouvrage de moiti&eacute;, et en aurait doubl&eacute; le m&eacute;rite: cependant, cette abondance m&ecirc;me est, apr&egrave;s tout, admirable. Parler en vers, souvent rim&eacute;s, pendant deux ou trois heures, serait d&eacute;j&agrave; une t&acirc;che assez laborieuse, lors m&ecirc;me que l\u2019on n\u2019articulerait que des mots vides de sens; mais composer une histoire int&eacute;ressante, faire parler plusieurs interlocuteurs conform&eacute;ment &agrave; leur caract&egrave;re, lier les &eacute;v&eacute;nements et arriver &agrave; un d&eacute;nouement dramatique, produire enfin une trag&eacute;die, bonne ou mauvaise, impromptu, n\u2019en f&ucirc;t &mdash; ce m&ecirc;me que [337] l\u2019ombre, cela semble &agrave; tout le monde, except&eacute; aux Italiens eux-m&ecirc;mes, un v&eacute;ritable prodige. Voici comment ils expliquent l\u2019&eacute;tonnante facult&eacute; qu\u2019ils poss&egrave;dent, Presque tous, du plus au moins. <\/p>\n<p> &laquo; L\u2019harmonie naturelle de notre langue, dissent-ils, et les facilit&eacute;s qu\u2019elle offre pour la po&eacute;sie, nous induisent en tentation po&eacute;tique. D&egrave;s notre premi&egrave;re jeunesse nous faisons des vers, et notre<br \/>\nm&eacute;moire, remplie de ceux de nos meilleurs po&egrave;tes, fait la moiti&eacute; des frais de la composition. Peu &agrave; peu, nous nous accoutumons &agrave; y trouver des figures po&eacute;tiques toutes faites, sur certains sujets principaux qui reviennent toujours. <\/p>\n<p> &laquo; Il y a dans notre imagination un tiroir pour chacune des grandes passions humaines, et pour les ph&eacute;nom&egrave;nes principaux du ciel et de la terre. Celui de la mythologie est le plus grand, celui de la nature le plus petit. L\u2019art consiste &agrave; savoir &agrave; point nomm&eacute; mettre la main sur le bon endroit; nous ne nous piquons pas d\u2019originalit&eacute;, de naturel, ni de go&ucirc;t enfin; nous sommes po&egrave;tes &agrave; la mani&egrave;re des faiseurs de bout-rim&eacute;s, de logogryphes et de charades. &raquo; La fureur de l\u2019improvisation a g&acirc;t&eacute; le talent de plus d\u2019un po&egrave;te. L\u2019on donnait &agrave; un de ces faiseurs de tours de force en po&eacute;sie six sujets quelconques; il improvisait un vers sur chaque sujet successivement, le septi&egrave;me vers donnant la seconde ligne du premier sujet, le huiti&egrave;me vers la seconde ligne [338] du second sujet, et ainsi de suite; six secr&eacute;taires pregnant chacun &agrave; leur tour le sixi&egrave;me vers de la longue tirade incoh&eacute;rente, se trouvaient avoir &eacute;crit six po&egrave;mes distincts, dont le sens, indubitablement fort m&eacute;diocre, &eacute;tait au moins suivi et r&eacute;gulier. Quand Philidor conduisait plusieurs parties d\u2019&eacute;chec &agrave; la fois, sur des tables plac&eacute;es derri&egrave;re lui, et les gagnait toutes, il r&eacute;pondait &agrave; ceux qui lui en t&eacute;moignaient leur surprise, qu\u2019il <i>voyait<\/i> les jeux rang&eacute;s dans sa t&ecirc;te. L&#8217;improvisateur des sept po\u00e8mes simultan\u00e9s les <i>voyait<\/i> aussi, et telle \u00e9tait la force de sa m\u00e9moire, qu&#8217;il y voyait \u00e9galement class\u00e9s tous les lieux communs dont il pouvait avoir besoin, et les tirait m\u00e9caniquement de leurs cases respectives, comme un homme de cabinet tire de ses tablettes le livre dont il a besoin, sans h\u00e9siter un moment, entre les dix mille volumes dont sa biblioth\u00e8que est compos\u00e9e. Le pianiste h&eacute;site-t-il un moment sur la touche o&ugrave; il doit mettre le doigt, la regarde-t-il, y pense-t-il le moins du monde? et vous qui parlez, songez-vous aux r\u00e8gles de la grammaire? Votre science est celle de l&#8217;habitude, et c&#8217;est aussi celle de l&#8217;improvisateur. <\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"aei-one-line-down\"><strong>Notes:<\/strong><\/p>\n<div id=\"aei-blocktext\">\n<p>See also the excerpts from the 1828 English translation in this database.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<dl id=\"aei-dl-meta-unimportant\">\n<dt>Collected by:<\/dt>\n<dd> AE<\/dd>\n<\/dl>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Simond begins with an anecdote of Sgricci&#8217;s improvisation of the Death of Socrates. He also describes in detail Sgricci&#8217;s performance of the tragedy of Sophonisba and the audience&#8217;s favourable reception. He mentions that improvisation is like any other habit. <\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[27,134],"tags":[55,73],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/789"}],"collection":[{"href":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=789"}],"version-history":[{"count":25,"href":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/789\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3527,"href":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/789\/revisions\/3527"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=789"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=789"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/romanticimprov.utoronto.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=789"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}